Né le 16 avril 1889, Charlie Chaplin aurait cent vingt ans ce mois-ci. Comment cet acteur qui a pourtant tourné jusqu’en 1967 reste-t-il pour nous le héros du cinéma muet ?
Une révolution dans le muet Charlie Chaplin fait ses débuts sur les planches comme danseur de claquettes à Londres puis au cinéma aux Etats-Unis à partir de 1913. Depuis « L’arroseur arrosé »des frères Lumière, le cinéma muet cultive la grosse blague filmée en quelques heures.
Lassé de ces scènes répétitives, Chaplin crée un nouveau style : « Une ou deux tartes à la crème sont amusantes, peut-être, mais quand le rire ne dépend plus que des tartes à la crème, le film devient vite monotone. Je ne réussis peut-être pas toujours grâce à ma méthode, mais j’aime mille fois mieux obtenir le rire par un acte intelligent que par des brutalités ou des banalités ».
Il invente ainsi en 1914 le personnage de Charlot le vagabond, qui apparaît pour la première fois dans « Charlot est content de lui » et connaît aussitôt le succès.
Acteur et metteur en scène innovant
Charlie Chaplin est non seulement acteur mais aussi metteur en scène, seule façon selon lui de mieux créer dans ses films le contraste et la surprise :
« Pour le public, le contraste engendre l’intérêt et c’est pourquoi je m’en sers continuellement. Sur le même pied que le contraste, je mets la surprise. J’essaie toujours de créer l’inattendu d’une façon nouvelle. Si j’ai la conviction que le public s’attend, dans un film, à ce que je longe la rue à pied, subitement, je saute dans une voiture. Si je veux attirer l’attention de quelqu’un, au lieu de lui frapper sur l’épaule avec ma main, je passe ma canne sous son bras et je l’attire gentiment à moi ».
Le succès est tel qu’il peut construire en 1916 son propre studio, dans lequel il va tourner « Une vie de chien », « Le Kid », « Charlot soldat »…A partir des années 1920, il mêle à l’univers comique du mélodrame ou des critiques de la réalité sociale, comme dans « La ruée vers l’or » (1925).
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Cinq ans plus tard, il tourne encore un film muet, « Les Temps modernes », le dernier de toute l’histoire du cinéma mondial. Il y avait pourtant enregistré des scènes parlées, mais les supprime finalement au montage. Il ne garde que la scène où Charlot doit chanter dans un restaurant qui l’a engagé, mais oublie ses paroles sous l’effet du trac et se met finalement à fredonner dans un charabia qui n’appartient à aucune langue, tout en dansant une pantomime qui fait rire la salle.
Faire du parlant sans parler, voilà bien l’ultime coup de chapeau de Charlie Chaplin au cinéma muet qui s’éteint. C’est aussi la dernière apparition du personnage du vagabond Charlot sur écran…
Charlie Chaplin continue
Charlie Chaplin continue à jouer, mais des personnages différents, dotés désormais de la parole. C’est « Le Dictateur »en 1940, film prémonitoire sur la shoah, « Monsieur Verdoux » en 1946, film dur basé sur l’affaire Landru, puis « Les feux de la rampe » en 1952, où il décrit la triste fin d’un clown dans le Londres de son enfance. Il y tourne avec ses enfants, mais aussi avec Buster Keaton, l’un des rescapés du muet.
Ce sera son dernier film.
Une révolution dans le muet